Conclusions 


Cette étude a été l'occasion de mieux percevoir la cohérence de la pensée d'Origène, ainsi que sa fidélité à la lettre du texte biblique. Sa méthode apparaît plus typologique qu'allégorique: plutôt que d'ajouter ou de forger un sens à tel passage ou telle expression, il lui trouve un sens dans le reste de l'Ecriture. Les sagesses des Nations aussi trouvent dans l'Ecriture leur sens véritable, une fois épurées des déformations traditionnelles. Ce qui est allégorique chez Origène, comme certaines étymologies, lui vient de traditions - notamment Philon - qu'il rappelle et synthétise, afin de ne rien laisser de côté. 

Ce travail a été entrepris pour ébaucher un déblayage des diverses réceptions de Ge 11, 1-9. Que peut-on conclure à propos des principales réceptions actuelles du récit de Babel? Reprenons les deux plus courantes:  

L'une souligne, dans le projet de construction de la ville et de la tour, une volonté de rester groupés et unis, de se rassembler et de se ressembler, et, dans la dispersion, une restauration du premier commandement donné aux hommes d'emplir la terre. Cette interprétation valorise la diversité, comme voulue par Dieu dès le commencement, et voit presque dans l'unité ou l'unanimité des hommes de Babel la cause de leur péché. 

Une autre lecture contemporaine consiste à distinguer la génération du Déluge de celle de la Dispersion. Toutes deux sont pécheresses par excès: la première représente l'outrance de l'égoïsme et de l'individualisme, qui mène à une anarchie destructrice; la seconde représente le totalitarisme étatique où la personne humaine et la conscience sont anéanties par le projet collectif.

Aucune de ces lectures n'entre dans le cadre des interprètes des trois premiers siècles. Poussées à leur extrême, elles deviennent difficiles à articuler à l'évènement de la Pentecôte. Elles contredisent le point de vue très universaliste des Alexandrins Philon et Origène. Pour Origène, l'unanimité des hommes d'après le Déluge est signe qu'ils ne sont pas sortis du rayonnement de l'Orient. Pour Philon, la communauté de langue est un bien.

La poursuite de l'étude des lectures de Ge 11, 1-9 à travers les siècles permettrait d'évaluer la validité de l'ancrage biblique - passé au critère de la tradition - de ces lectures contemporaines. Elles sont très liées, de fait, au contexte politique de notre époque. Or, au-delà de l'adaptation homilétique et pastorale, c'est l'universalité du salut en Jésus-Christ qui est finalement en jeu. Si l'universalisme fait peur, c'est sans doute qu'il a besoin d'être purifié. Mais de quel droit l'écarter?


Ce travail a, cependant, éveillé d'autres perspectives que la poursuite d'une recherche patristique. Il serait utile de disposer de davantage d'outils d'évaluation des traductions, mettant sous les yeux les différents textes bibliques ainsi que les lectures fondatrices. Les abondantes notes de la Bible d'Alexandrie, qui comparent le texte des Septante au texte massorétique et citent de nombreuses interprétations des premiers Pères de l'Eglise constituent un bon exemple. 

Je songe à une base de données regroupant, autour des textes bibliques, tout un appareil philologique et patristique.